Le mur des illusions

En cherchant à renvoyer l’image d’un pouvoir en pleine action pour contrer le terrorisme, l’exécutif réussit à mettre en place une action inefficace dont la symbolique est désastreuse et où on est toujours à la recherche de la stratégie sous-jacente. Démonstration.

Une efficacité à démontrer 

Ce mur trouve ses fondations dans trois hypothèses implicites et pour le moins discutables.

La première : “les passages clandestins entre la Libye et la Tunisie représentent un appui du premier ordre au terrorisme en Tunisie, via les armes et les camps d’entraînement”.

Au mieux, l’exécutif a échoué à étayer cette hypothèses par des éléments factuels. Probablement parce qu’il n’en est pas capable, accentuant ainsi l’impression de “frappes aveugles”. Au pire, cette hypothèse est fausse. Elle est d’ailleurs fragilisée par des “témoignages terrain”.

La deuxième hypothèse est la suivante : “le mur va considérablement limiter cet appui”.

Selon la Cour des Comptes américaine, le mur entre la Mexique et les Etats Unis a été traversé plus de 3000 fois en trois ans. Sensé représenter un rempart efficace contre le trafic de drogue, ce mur a également échoué. Le trafic de drogue a en effet … doublé depuis 2006.

Le dernière hypothèse suppose qu’une une fois cette source principale vaincue grâce à ce mur efficace, les terroristes n’auront plus d’alternatives. Déni de réalité. Dans une interview accordée au journal Le Monde le 21 mars 2012, Ali Laaryedh mentionne “certains (qui) essaient de (s’entraîner) en Tunisie, y compris dans les salles de sport.”  Idem pour les armes. Le stock déjà en circulation est probablement suffisant pour une large série de nouveaux drames humains.

Et c’est là qu’intervient une seconde gêne. Le sentiment que l’exécutif, par conviction ou par absence de projet réel, rejette la faute sur “les autres”. L’enfer.

Mur Tunisie-Libye (source : FTV)

Mur Tunisie-Libye (source : FTV)

Une symbolique détestable

Quel déni de réalité pour un pays premier exportateur de terroristes dans la région que de vouloir de se protéger des invasions des autres. Après les murs berlinois et israéliens, voici venu le temps du mur ras-jdirien. Cher exécutif, tu viens d’entrer dans l’histoire. Bravo.

On nous opposera sûrement l’idée que nos voisins libyens sont toujours libres d’accéder à la Tunisie. C’est nier que ce mur instaure de facto une hiérarchie, un rapport de force et une asymétrie pour le moins détestables.

Le mur n’est pas non plus dans l’esprit de l’article 5 de la Constitution. Là où l’État doit favoriser les mesures visant la concrétisation du Maghreb arabe, il édifie une frontière physique et psychologique nouvelle.

Cherche désespérément un architecte !

Au vu de ces éléments, on en est à se demander si ce mur de sable ne cherche pas à construire un mirage de sécurité. Une protection illusoire que le premier coup de vent un peu fort emportera.

Car on peine à déchiffrer la stratégie que suit l’exécutif dans sa “guerre” contre le terrorisme. Après avoir fustigé les Tunisiens eux mêmes, puis les grèves, puis des mosquées hors de contrôle, l’exécutif s’est attaqué à la source de tous les maux : la Libye, en nous prévenant que l’Etat était à un attentat du chaos.

Pas un mot par contre sur l’efficacité et l’efficience de l’organisation sécuritaire. Rien non plus sur la capacité des organisations terroristes à mobiliser une jeunesse en totale perdition.

Désespérant, pour un gouvernement qui a construit sa campagne autour de la sécurité et de la jeunesse.

(par saf403)

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Directeur de Banque Centrale cherche explication pour facture énergétique « trop salée »

Crédit photo : Babnet

Crédit photo : Babnet

Fin février, à l’auditorium de la Banque centrale de Tunisie (BCT), la scène est surréaliste. Et pourtant.

Lors de la présentation du rapport «Perspectives économiques et régionales du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord » par le Fonds Monétaire International (FMI), Chedly Ayari a déclaré ne pas être en mesure d’expliquer une facture énergétique « trop salée » dans un contexte de baisse importante du prix du pétrole.

Intuitivement et au vu de la structure de notre déficit budgétaire (60% du déficit est dû à la facture énergétique), la chute des prix de pétrole devait contribuer à « améliorer la position budgétaire et extérieure » de la Tunisie. C’est en substance ce qu’est venue expliquer Giorgia Albertin, représentante résidente du FMI pour la Tunisie.

Si le président de la BCT évoque des mécanismes économiques complexes qui viendraient contredire l’intuition, il peine néanmoins à avancer l’esquisse d’une explication. « Même s’il y a des gains, ils ne sont pas évidents. La facture énergétique que nous payons en Tunisie est très élevée, et je me demande pourquoi…je n’ai pas de réponse ». Rassurant.

Phénomène de volume, audit immédiat, les biens de Giffen et discussion de café du commerce

L’absence de réponses n’a pas empêché le président de la BCT de lancer des actions. Et la première semble plutôt aller dans le bon sens. La baisse des prix semble être contrebalancée par une augmentation des volumes. Pour faire simple, le baril coûte deux fois moins cher mais on en achèterait deux fois plus qu’avant. Une cellule d’investigation auprès des compagnies importatrices au niveau de la banque a été créée et devra enquêter sur les quantités importées.

Malheureusement, le patron de la BCT ne s’arrête pas à l’absence de réponses et aux tentatives d’audit. « Lorsque le prix augmente, la demande baisse, mais ce n’est pas le cas actuellement en Tunisie ». Robert Giffen et Thorstein Veblen se retournent dans leurs tombes. Les deux économistes ont étudié les phénomènes d’augmentation de la demande suite à une augmentation des prix pour les produits de première nécessité [1] et pour les biens de luxe… il y a un siècle.

M. Ayari se focalise ensuite sur le chômage et l’électricité s’étonnant que « La hausse du prix de l’électricité n’a pas fait baisser la consommation » !

Rien de surprenant pourtant et pour le cas très particulier de l’électricité, bonne nouvelle pour M. Ayari, les choses devraient finir par s’arranger. « A court terme les ménages doivent utiliser l’électricité (contrainte technique) ils ne peuvent donc réagir que faiblement à une variation du prix. A long terme, ils ont la possibilité d’opter pour d’autres types d’énergie, leur consommation devient plus élastique par rapport au prix. ». CQFD.

S’en suit alors une série de déclarations dignes d’une discussion de café du commerce : « nous allons de plus en plus vers une aire où l’énergie ne sera plus aussi chère qu’avant, sauf accident géopolitique majeur …ce qui n’est pas exclu ».

Pour un débat transparent, éclairé et démocratique

La scène a beau être surréaliste et les explications manquant de la rigueur scientifique indispensable à ce type d’exercice, il n’en reste pas moins que le secteur de l’énergie reste un secteur vital pour l’économie de notre pays. De l’indépendance énergétique à la compétitivité économique en passant par le progrès social et l’impact écologique, les choix énergétiques du pays appartiennent avant tout à ses citoyens.

Un coup d’œil rapide sur les pratiques des pays démocratiques sur la question devrait finir par convaincre les sceptiques. La France a lancé en 2007 un « Grenelle de l’environnement », le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles au Québec, Pierre Arcand, estime « qu’il est nécessaire de prolonger la discussion afin, de dégager des consensus.» sur la question énergétique. L’union européenne n’est pas en reste avec la directive INSPIRE. « Elaborée par la Direction générale de l’environnement de la Commission européenne, cette directive vise à établir en Europe une infrastructure de données géographiques pour assurer l’interopérabilité entre bases de données et faciliter la diffusion, la disponibilité, l’utilisation et la réutilisation de l’information géographique en Europe. »

En Tunisie, l’absence de données chiffrées et le manque de débat démocratique sur la question conduisent non seulement à des scènes comme celle vécue il y a un mois à l’auditorium de la BCT mais aussi et surtout à la privation des citoyens de leur droit à décider pour eux-mêmes.

Gageons que la classe politique et la haute administration tirent les conséquences qui s’imposent de ce spectacle désolant en associant la société civile à ces choix stratégiques.

 

[1] Admettons qu’un consommateur ait 3 Euro par jour à disposition. Il achète chaque jour 1 pain pour 1 Euro et un morceau de viande pour 2 Euro. Imaginons que le prix du pain augmente à 1,50 Euro. Après l’achat d’un pain (au nouveau prix du marché), le consommateur n’a pas assez d’argent pour s’acheter un morceau de viande, il va donc acheter un pain supplémentaire à la place. Le pain est, dans ce cas, un bien de Giffen. (Source : Wikepedia)

 

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Le discours qu’aurait dû prononcer le Président de la République

Voici le discours que plusieurs de nos membres auraient aimé entendre ce soir, après les tragiques événements du Bardo d’aujourd’hui.


Tunisiennes, Tunisiens,

Aujourd’hui, la Tunisie est en deuil. Elle a été attaquée en son cœur, au Bardo.

Le Bardo, maison de la République et de la Nation, où siègent les représentants du Peuple souverain.

Le Bardo, symbole de notre Histoire, symbole de notre culture commune, dont le musée est internationalement connu pour ses collections, visité par nos amis venus du monde entier.

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La recette pour une coalition gouvernementale réussie

Le Président de la République a été investi le 31 décembre 2014. Il a désigné, dans la foulée, Habib Essid pour former le premier Gouvernement de la Deuxième République. Trois semaines plus tard, nombreux sont ceux qui se plaignent de la lenteur du processus.

Or l’art de composer un Gouvernement est en soi difficile. Lorsqu’il s’agit d’une coalition, les problèmes se multiplient, puisque plusieurs acteurs sont impliqués. Dans les pays où la tradition multipartite est fortement implantée des universitaires se sont posé la question de la recette pour une coalition gouvernementale réussie et pérenne.

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Hors du gouvernement majoritaire, point de salut ?

Depuis plusieurs mois, la lecture de l’échiquier politique aboutit, pour de nombreux observateurs, à la même équation : la personnalité désignée par le parti arrivé en tête doit constituer le Gouvernement en s’appuyant sur les membres de ce parti et, éventuellement, de personnalités issues de partis proches politiquement. À défaut, pour certains, la composition du Gouvernement ne respecterait pas la volonté des électeurs. Pire, elle trahirait l’objectif des élections et confisquerait la démocratie.

Au regard des expériences étrangères, parfois pluriséculaires, cette lecture est simpliste, dans le meilleur des cas, fausse ou au moins de mauvaise foi, dans les autres cas. La composition d’un Gouvernement n’est pas nécessairement une science mais c’est une problématique étudiée et analysée. Il n’y a pas qu’une seule solution à cette équation et il paraît utile de faire le point, à quelques jours de la nomination du nouveau Gouvernement tunisien.

Ce premier article rappelle l’éventail des possibles, qui démontrent qu’il ne s’agit pas d’un problème simple ni d’une équation à solution unique. Comme souvent, le commentateur avisé de la vie politique doit faire preuve de nuance.

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