Compte-Rendu du Débat sur la Constituante entre le PCOT et le parti Al Majd organisé par Cahiers de la Liberté

Ce qui suit est un compte-rendu du débat entre Adel Thabet (représentant du Parti Communiste des Ouvriers de Tunisie [PCOT] et tête de liste France 1 pour les élections de l’AC) et Jamel El Héni (représentant du Parti Al Majd et tête de liste France 1 pour les élections de l’AC) organisé par l’association Les Cahiers de la Liberté sur le thème des priorités pour la constituante.

Ce débat a eu lieu Jeudi 8 septembre 2011 à la Maison des Association à Paris 15e

De gauche à droite: Jamel el Héni (Al Majd), Selim Kharrat et Nabil Lakhdhar (CDLL), Adel Tabet (PCOT)

Question 1: D’après un récent sondage réalisé par l’ISTIS, le PCOT et Al Majd font partie des 15 premiers du classement des intentions de vote sur une centaine de partis politiques en Tunisie, mais avec des scores assez bas. Quelle est votre avis sur ces résultats par rapport à votre poids réel tel que vous le percevez?

[Al Majd] En tenant compte de l’âge d’Al Majd, nous en sommes flattés. Les données statistiques ne sont cependant pas circonscrites et objectives pour en faire des critères de sélection.

Notre perception: en se basant sur le nombre de nos bureaux régionaux et le nombre de listes présentées (une vingtaine), pour un parti naissant, nous sommes « moyennement » reconnus.

Les sondages réalisés avant même le début de la campagne sont à prendre avec des pincettes.

Le nombre de nos adhérents est d’à peu près 13000, nous avons 20 bureaux régionaux.

Nos attentes des élections: Nous nous attendons à avoir entre 10 et 15 sièges, notre smic électoral étant de 5 sièges.

[PCOT] Avant la révolution on n’entendait jamais parler de sondages politiques. Aujourd’hui il y en a beaucoup, avec des écarts importants entre eux. Le pouvoir de l’argent joue beaucoup parfois.

Méfions-nous de ces sondages, même quand ils nous classent bien. Nous nous fions à d’autres éléments:

– Nous avons des listes « Al Badil Athaouri » (listes du PCOT) dans toutes les circonscriptions

– Nous existons depuis 1986, au niveau des mouvements jeunes et de l’action syndicale, et notre premier congrès légal a eu lieu les 22, 23 et 24 juillet 2011

– Avant le 14 janvier, l’adhésion au parti nécessitait une période d’approbation (pour se protéger contre les infiltrations par la police politique). Aujourd’hui, depuis le congrès, les adhésions ont été ouvertes. Nous avons reçu près de 5000 personnes lors de ce congrès.

Nous soutenons également les listes « Al Massar Athaouri » (ces listes ne sont pas formées par le PCOT mais sont soutenues par le parti)

Question 2: Quelle coalitions envisagez-vous?

[PCOT] Nous nous sommes déjà engagés dans certaines coalitions par le passé, nous avons rejoint le Front du 14 janvier, ainsi que le Conseil pour la Protection de la Révolution.

Nos critères pour une coalition: Volonté de réunir les forces révolutionnaires et d’unir le peuple autour des objectifs de la révolution jusqu’au démantèlement totale de la dictature.

Certains courants ont voulu réaliser des alliances au niveau régional, mais il s’agit pour nous d’unir le peuple dans son ensemble, c’est pour cela qu’il n’y a pas d’alliances pour les élections, mais simplement des partis amis.

Après les élections, nous travaillerons à faire des alliances qui vont dans le sens de la réalisation des objectifs de la révolution. Il ne s’agit pas d’un marché, nous n’allons pas chercher des alliances contre nature, nous nous basons sur les programmes et priorités des partis, or le parti Al Majd en l’occurence ne présente dans son programme que des principes généraux sur lesquels on ne peut juger de leurs objectifs.

[Al Majd] Prenons l’exemple du Front du 18 janvier où nous avons vu notamment PCOT et Ennahdha dans une même salle.

Les alliances entre amis ne marchent pas, les alliances sont pour moi par définition contre nature (des partis divergents qui s’allient autour de valeurs). Il y avait du narcissisme politique, certains partis ayant eu peur d’être surpassés par leurs alliés.

Vu le nombre de listes indépendantes, cela veut dire que les tunisiens ne se retrouvent pas dans l’offre partisane (105 partis pourtant) et il y a une partisophobie entretenue par certains médias et autres, volontairement.

Nous sommes pour une coalition mais personne n’a souhaité en faire (refus de se rallier dans des listes pour cause de narcissisme politique).

Après les élections, nous pourrons envisager des coalitions. Nous avons des rapprochements sur certaines valeurs avec quelques partis. Par exemple avec le PCOT, nous sommes d’accord sur sa vision concernant les droits socio-économiques et les droits syndicaux…

Il ne peut y avoir d’alliance naturelle, ou alors il y a fusion. Les vraies alliances ont lieu entre ennemis, c’est aberrant mais c’est comme ça.

Question 3: Etes-vous entrain de mener campagne pour un programme de parti ou pour un projet de constitution?
[Al Majd] Nous portons les deux avec des échéances respectives.

Pour élaborer un programme de parti, il ne faut pas jouer aux charlatans, il faut se baser sur de bonnes données, or les données ont jusque là été faussées par le régime. Les autres partis qui élaborent leurs programmes le font sur la base d’hypothèses.

Le programme que nous avons présenté inclut la remise en question de la structure administrative (conseils municipaux, régionalisation du pouvoir « économique, ..).

[PCOT] Pas de séparation mécanique entre programme politique et constitution. Un programme traduit une certaine vision, donc on ne peut pas dissocier les deux.

Pour la constitution, nous défendons en priorité l’indépendance de la justice, et un changement du type de régime. Notre priorité c’est de couper avec la dictature et ses mécanismes.

Question 4,5: Étiez-vous pour ou contre une assemblée constituante ? Quelle rôle pourrait-t-elle jouer dans la Transition démocratique ?
Quel type de régime défendez-vous et quels mécanismes envisagez-vous pour consacrer la séparation des pouvoirs?

[PCOT] Oui, nous étions pour. L’AC doit réécrire la constitution pour être à la hauteur des sacrifices et des revendications révolutionnaires. L’assemblée constituante est élue et souveraine et pourtant certains proposent d’en réduire les prérogatives et de prolonger le gouvernement actuel.

[Al Majd] Nous n’étions pas contre l’AC mais nous étions contre le timing (contexte d’illégitimité). Une nation ne change pas de constitution tous les 50 ans. Il y a des principes communs et toujours valables. On aurait pu déverrouiller les articles problématiques. Nous ne voyions pas le bienfondé de la chose.

Mais il fallait rétablir la légitimité, ce qui se fera grâce à ces élections. Al Majd n’est pas pour une AC souveraine (cumul des pouvoirs législatif/exécutif). Nous proposons:

– d’établir une constitution transitoire (mini constitution) qui rétablit la légitimité exécutive en définissant les attributions de la présidence, sa durée et sa relation avec l’AC. Elle ne contiendrait que des articles concernant le pouvoir exécutif.

– d’attaquer ensuite la constitution dans son ensemble. Feuille de route: 1/articles sur lesquels il n’y a pas de dissensions. 2/ finir avec l’introduction (article premier).

Cette question de la laïcité n’émane pas de politiciens mais d’un certain milieu culturel/artistique. Il faut une révolution culturelle contre ces artistes là. Aujourd’hui, il y a un parti unique dans le milieu artistique, et je suis sur que la révolution sera contre ces artistes (longue évocation de Fadhel Jaibi qui serait à la tête de ce « parti unique », personnage « intouchable » par la critique et ayant reçu le plus de financement)

[PCOT] (Evocation de la prise de position de Abdelwaheb el Héni (Chef du Parti Al Majd) le soir du 13 janvier)

L’AC a été imposée par la rue, par le peuple, à beaucoup de partis et même à Béji Caid Essebsi.

Il y a aujourd’hui une volonté manifeste de faire obstacle au processus.

Non à la restriction des pouvoirs de l’AC. Concernant la durée, nous pensons qu’elle ne dépassera pas 1 an ou 1 an et demi naturellement. Pas la peine donc d’imposer des limites mathématiques. L’AC doit légiférer et désigner un gouvernement. C’est la nouvelle constitution qui décidera du type de régime.

Nous défendons le principe de retrait de confiance aux élus (sur des bases à définir dans la loi). Nous voulons un régime parlementaire et une généralisation du vote à toutes les institutions.

[Al Majd] Nous sommes pour un régime mixte avec attributions réduites pour le président par rapport au parlement.

Au sein de l’AC, il faut dégager le pouvoir exécutif des constituants.

Question 6,7: Quelles sont les principales réformes constitutionnelles que vous défendez?

 » le premier slogan scandé dans les manifestations en décembre 2010, était simplement :شغل -حرية- كرامة وطنية / Travail- liberté- dignité nationale ». Quelle est pour chacun de ces trois points votre mesure / réforme phare?

[Al Majd] Tout passe par une réforme administrative, nous proposons notamment une réorganisation du territoire en 8 cantons.

Il faut obtenir les données réelles pour pouvoir établir un programme précis. On ne va prétendre résoudre tous les problèmes du jour au lendemain.

Nous sommes favorables à considérer les Droits de l’Homme comme référence légale.

(A nouveau une évocation du « parti unique artistique »)

[PCOT] (Rappel du combat des artistes et des difficultés par lesquelles ils sont passés sous la dictature. Il faut leur garantir la liberté et leur permettre d’avoir leurs propres institutions.)

Les revendications révolutionnaires n’ont pas été réalisées à part un début de liberté.

La politique économique en pratique aujourd’hui est imposée à la Tunisie par les marchés internationaux.

Cette politique a échoué, et la révolution est une condamnation de cette politique.

La dette doit être annulée. Elle est constituée d’une part de dette odieuse, et le reste a eu pour but d’imposer une politique de dépendance économique vis à vis d’autres pays.

Il y a une éducation à double vitesse, de même pour le système de santé, où tout est axé sur la rentabilité.

Nous voulons une autre vision pour consacrer les droits de tous les citoyens.

Réponses diverses à des questions posées par le public:
[Al Majd] En réponse à une question sur le choix de Jamel el Héni d’intégrer le parti Al Majd (dont le chef est son frère, Abdelwaheb el Héni)
Le fait que nous soyons frères poserait problème et serait du népotisme si nous étions dans le milieu des affaires. Nous avons les mêmes idées, simplement.

[Al Majd] En réponse à une question sur la vision d’Al Majd sur ce qui doit se passer après les élections
Sans constitution pour le pouvoir exécutif, il n’y a aucune garantie pour pouvoir faire le reste. Nous voulons un gouvernement élu par l’AC et surtout pas la continuité du gouvernement Essebsi et de la HIRP.

[PCOT] En réponse à une question sur la pertinence du communisme aujourd’hui
Nos valeurs suscitent encore de l’intérêt surtout chez les jeunes et les couches populaires. La crise du capitalisme actuelle redonne de la visibilité à nos valeurs.

Il y a des expériences communistes qui ont échoué et ont été entachées d’erreurs, et nous tirons les conclusions adéquates de ces expériences.

L’idéal du PCOT est d’abolir l’exploitation humaine et de faire en sorte que ceux qui créent les richesses en bénéficient et aient le pouvoir d’en décider. Or la politique économique et sociale du néolibéralisme appliqué en Tunisie est en train de créer la misère. Il faut combattre les injustices envers les artisans et les ouvriers souvent délaissés dans le processus de décision sous prétexte qu’ils n’ont pas le savoir qu’il faut.

[PCOT] En réponse à une question sur le principe de retrait de confiance
Nous voulons faire en sorte que les citoyens puissent, s’ils ne sont pas satisfaits du travail des élus, retirer leur confiance. Cela peut passer par une pétition du peuple, et une limite pourrait être fixée par la loi à 2/3 ou 3/4 des électeurs pour considérer une perte de légitimité des élus.

[PCOT] En réponse à une question sur la vision du PCOT sur ce qui doit se passer après les élections
Le gouvernement doit être désigné par l’AC et soumis à sa supervision.

Question sur la séparation de la religion et de l’état

[PCOT] Sur cette question, il faut distinguer une dimension civilisationnelle d’une dimension civile/légale. Nous sommes pour la séparation de la religion et de l’état. Dans le programme du PCOT, nous défendons les libertés individuelles et nous sommes contre l’utilisation de la religion à but politique.

[Al Majd] Nous sommes pour la séparation de la religion et de la politique. Nous rappelons d’ailleurs que dans la culture islamique il n’y a pas de pouvoir religieux (pas de clergé)

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One Response to “Compte-Rendu du Débat sur la Constituante entre le PCOT et le parti Al Majd organisé par Cahiers de la Liberté”

  1. BENJEMIA dit :

    Bonjour
    Jamel Benjemia (جمال بن جميع)

    Tête liste independante: » مع الحركة الديمقراطية و المساوات  »
    Avec le Mouvement Démocrate et pour l’Egalité
    Circonscription France 1

    Notre site internet :
    http://www.mouvementdemocratetunisien.com/

    Notre projet de constitution moderne:
    http://0z.fr/d6crp

    Adresse Facebook:
    http://fr-fr.facebook.com/jamel.benjemia

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