« 23 octobre : des élections frustrantes »

 

Le 23 octobre, les Tunisiens iront dans les bureaux de vote élire leurs représentants à l’assemblée constituante. En lice, des listes indépendantes et plus de 100 partis qui se revendiquent tous de gauche, et du centre pour les plus libéraux d’entre eux !  Pas étonnant quand on sait que l’ancien parti au pouvoir, le RCD dissous, était un parti économiquement libéral et membre de l’Internationale socialiste.

1600 listes au total, dont 845 présentées par des partis, 678 par des indépendants, et 77 par des coalitions. On peut dire que pour une fois, on a le choix ! D’ailleurs, on a tellement le choix, qu’on a déjà commencé à parler de vote utile. C’est frustrant de penser au vote utile, au vote par élimination et au vote contre un parti plutôt que pour un parti. C’est d’autant plus frustrant quand on sait que la majorité des Tunisiens ira aux urnes pour la première fois de sa vie. Et la majorité des Tunisiens, c’est sa jeunesse révoltée qui a envahi les rues et occupé la toile il y a neuf mois. Malheureusement, elle n’a pas réussi à arracher sa place dans le processus de transition, malgré l’engagement de certains. Vingt-trois ans et une dictature plus tard, on se retrouve avec la même scène politique que celle de la fin des années 1980. Les hommes du passé acteurs de l’avenir… cherchez l’erreur.

Et il n’y pas que les jeunes qui ne trouvent pas leur places dans cette phase de transition du pays,   les femmes aussi. On sait très bien que ce n’est pas un hasard si la vague révolutionnaire qui balaie le monde arabe a éclaté en Tunisie, pays où la femme est éduquée, engagée et jouit d’un statut assez avancé dans la région, même s’il doit encore être amélioré. Et évidemment, on s’est félicité de l’obligation de parité sur les listes électorales. Sauf qu’à la veille des élections, on jette un coup d’œil sur les listes déposées et on constate que plus de 90% des têtes de listes sont des hommes. Imposer la parité pour se retrouver avec 5% (voire moins) de femmes dans l’assemblée constituante ; quelle belle désillusion !

Dans moins d’un mois, six millions de Tunisiens devront se rendre aux urnes élire des personnes, inconnues pour la plupart, pour écrire une nouvelle constitution. L’urgence est plutôt sociale. C’est frustrant, mais j’y crois quand même !

 

Source : Le monde arabe en révolution

Par Sarah Ben Hamadi, membre de  Cahiers de la Liberté.

 

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