Disparités régionales : des chiffres révoltants

Cet article est extrait du deuxième numéro du journal de l’association, disponible en téléchargement libre sur notre site web.

Gafsa, Tataouine, Kasserine, Jendouba et Sidi-Bouzid.

Triste top 5.

Avec 40% de chômage au sein de leur population diplômée (47% même pour Gafsa), ces cinq gouvernorats affichent des taux deux fois supérieurs à la moyenne nationale. Gafsa, Tataouine et Kasserine connaissent par ailleurs un niveau de chômage global entre 20% et 30% de la population active, un niveau également deux fois supérieur à la moyenne nationale.

Pour mieux éclairer ces chiffres, regardons les investissements privés consentis ces 20 dernières années pour différentes régions du pays. Quand l’habitant « moyen » de Bizerte, Monastir ou encore Zaghouane a bénéficié en moyenne d’un investissement privé de l’ordre de 8000 à 9000 TND, le « seliani » moyen se voit lui attribuer un montant de 2600 TND.

Ces investissements privés font écho à des investissements publics qui ont longtemps défavorisés les régions de l’intérieur. Le gouvernement de Béji Caïd Essebsi a mis en place un rééquilibrage sur la période mai 2011 – décembre 2011 en consacrant 80% des investissements de l’état aux régions de l’intérieur [1]. La prochaine loi de finances complémentaire du gouvernement de H. Jebali donnera plus d’éléments sur la manière dont compte la Troïka répartir les 7 milliards de dinars [2] d’investissement prévus pour cette année.

L’absence d’une politique d’investissements forte en faveur des régions de l’intérieur a eu des impacts néfastes sur la qualité et le niveau vie des ménages de ces régions. A titre d’exemple, Kasserine dispose de 45 médecins pour 100.000 habitants [3]. Au gouvernorat de Tunis, le chiffre grimpe à 363 médecins pour 100.000 habitants.

Et sans surprise, la tendance est la même pour le taux de la pauvreté. Quand le taux national se situe en dessous des 4%, celui du nord-ouest avoisine les 13%. Et c’est bien évidemment la même tendance pour l’illettrisme qui concerne 40% des habitants de Jendouba (contre 12% pour Ben Arous par exemple).

Les raisons sont certes multiples mais renvoient incontestablement à une politique nationale qui a abandonnée depuis belle lurette les régions de l’intérieur. A ces raisons structurelles viennent bien évidemment s’ajouter des mesures fiscales très peu efficaces ou encore des banques d’investissement très frileuses (voir notre article LE BASSIN MINIER : LES RÊVES ET LES CHIFFRES, 1er numéro du journal).

Des chiffres révoltants qui rappellent qu’à cette situation exceptionnelle d’inégalité régionale que connaît notre pays aujourd’hui, des solutions exceptionnelles sont attendues. Des chiffres qui constituent également une réelle clef de lecture de la grogne quotidienne de ces régions depuis plusieurs semaines.

Références :
[1] Source

[2] La loi de finance prévoit actuellement 5 MTND mais les premiers échos de la loi complémentaire évoquent 7 MTND

[3] L’institut national de la statistique

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