S’il est possible de promettre des emplois pour tout le monde en période électorale, il devient plus difficile de les réaliser une fois au pouvoir. L’emploi est un casse-tête pour la Troïka…
Ministre de l’emploi Abdelwahhab Maater
Promesses électorales
Le parti d’Ennahdha a été le seul à avancer un chiffre clair : 590.000 emplois sur 5 ans (entre 2012 et 2016), permettant de passer de 19% à 8,5% de taux de chômage. Ces 590.000 emplois ne pourront être créés que si la croissance en 2016 atteint 8 %, ce qui implique en toute logique de démarrer cette année avec un taux d’environ 4 % et ce qui implique également de recruter massivement dans la fonction publique (25.000 recrutements déjà annoncés pour 2012, ce qui est tout de même élevé par rapport aux besoins de l’administration).
Les objectifs d’Ennahdha ne peuvent donc être atteints que si l’économie décolle immédiatement. Ce décollage sera confirmé ou pas dès avril prochain et ce grâce aux chiffres de la croissance du premier trimestre 2012 : soit un taux de 4 % est envisageable pour 2012, soit il ne l’est pas. Rester sur le même rythme que 2011 (-1,8%), veut dire qu’il est illusoire de tabler sur 590.000 postes d’emploi.
Le Congrès Pour la République, dont est issu l’actuel ministre de la formation professionnelle et de l’emploi, n’a pas été aussi explicite dans ses promesses électorales que son allié Ennahdha. Le Congrès propose des orientations stratégiques pour l’économie nationale qui permettront d’absorber le nombre croissant de chômeurs. Il annonce également sa volonté de « renforcer la coopération technique, professionnelle avec les pays émergents (comme la Chine, le Brésil, l’Inde, la Turquie, la Malaisie) ».
Le parti Ettakatol, quant à lui, annonce son intention de créer 100.000 emplois « décents » dans les services publics. Ce chiffre est donné sans plus de précisions quant aux délais de sa réalisation, ni même d’explications sur son contenu exact.
Discours du gouvernement
Dans une interview [1] , M. Abdelwahhab Maater, Ministre de la Formation Professionnelle et de l’Emploi a annoncé 225.000 recrutements pour 2012 dont 50.000 dans le privé, 25.000 dans la fonction publique et 150.000 dans le cadre de la coopération technique avec la Libye et le Qatar. Ce dernier point donne pour la première fois des estimations chiffrées pour l’emploi à l’Etranger de nos jeunes chômeurs, et ces estimations sont assez élevées.
En effet, selon l’ATCT [2], la coopération technique en 2011 a réussi à placer à peine 2.300 personnes à l’étranger, dont seulement 418 primo-demandeurs (les autres sont des personnes qui ont déjà un travail en Tunisie et qui le quittent pour le retrouver à leur retour, après 2 ou 3 ans). Faire émigrer 150.000 personnes suppose donc de s’appuyer sur d’autres mécanismes que ceux de la coopération technique assurée par le biais de l’ATCT. Organiser une émigration massive vers la Libye ou le Qatar suppose de se doter des Mejrioutils et des structures qui permettent de le faire dans de bonnes conditions. Sauf si nous décidons de demander aux chômeurs d’aller faire la queue à Ras Jedir.
L’émigration vers la Libye se révèle aujourd’hui comme la voie royale permettant d’atténuer de façon significative et immédiate le chômage. Déjà en 2011 le gouvernement Caïd Essebsi avait parlé de centaines de milliers de postes d’emploi en Libye, et il s’est pressé de signer des accords permettant entre autres la libre circulation des personnes. Les circonstances actuelles ne permettent pas encore une émigration massive vers la Libye, vue la situation dans ce pays, mais l’option reste toujours ouverte.
En attendant, il faudra se contenter des 25.000 emplois prévus dans le secteur public, des 50.000 ou plus dans le privé (à condition d’une reprise économique imminente), tout en sachant que chaque point de croissance atteint permettra de créer environ 15.000 emplois dans le privé. Quelques milliers supplémentaires seront gagnés par l’activation de quelques accords d’émigration avec la France, l’Italie ou le Qatar. D’autres créations de postes d’emploi auront lieu, certainement, grâce à l’entreprenariat, mais pas assez hélas pour être visibles.
Par Karim Mejri, ancien conseiller auprès de l’ancien ministre de l’emploi Saïd Aïdi et membre des Cahiers de la Liberté
[1] www.alchourouk.com/print.php?code=520300
[2] Agence Tunisienne de la Coopération Techniquecoopération
Cet article est extrait du deuxième numéro du journal de l’association, disponible en téléchargement libre sur notre site web

mars 17th, 2012 Par Selim
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